Le plus important, c'est le parcours (pas la finalité)

 


    Il y a plusieurs semaines que je réfléchis à cet article. Le sujet est sensible et j'ai mis du temps à détricoté l'émotion que j'ai ressenti pour comprendre d'où elle venait.

Tout est parti d'un reportage sur le.media.positif avec pour sujet l'internationale handballeuse Camilla Herrem. Il y était titré qu'après "une maladie ravageuse" elle revenait sur les terrains de la compétition seulement "5 jours après la fin de ses traitements" pour un cancer du sein.
Je suis sincèrement admirative de sa force, de son courage, de sa persévérance pour revenir jouer en équipe nationale.

    Par contre, ce qui m'agace c'est le côté, je pourrais dire, (mais ce n'est pas vraiment le bon terme) "passif-agressif " de ce genre de publication.
Gentiment et positivement, on nous montre le côté glamour du cancer : "hop 5 jours après", elle est capable de revenir jouer un match avec son équipe. 
Le côté agressif, c'est qu'on émet l'idée qu'il est possible 5 jours après traitement de revenir à un niveau de jeu correct et que par conséquent il y a une certaine facilité à le faire et que chacun en est donc capable. Sous entendu : "bouge toi les fesses".
Et là on arrive à une escalade d'informations erronées sur la "capacité à".
J'ai pris l'exemple de Camilla mais on peut aussi également citer ce que les médias transmettent de l'histoire d'Anaïs Quemener

Et pourtant toutes ces femmes, et ces hommes, ne cachent rien du parcours qu'ils ont vécu pour arriver là où ils en sont. Seulement médiatiquement, on ne voit que le beau et pas la sueur, les larmes, le doute, les fluctuations d'énergie, l'incapacité temporaire ou définitive...
On ne voit que la finalité du parcours, on ne voit que le côté glorieux et glamour d'un chemin parsemé de cailloux, de trous, de rochers tous plus lourds les uns que les autres.
Et d'ailleurs, on ne parle que de la partie sportive et physique...Je n'ai jamais entendu parler d'un artiste sous traitement ou en retour de traitement dont on admirerait l'oeuvre. 
Nous sommes bien dans une société du paraitre à tout prix, du "no pain no gain". Mais c'est un autre sujet ou peut-être que non en fait.


    Si ces femmes et ces hommes ont réussi à revenir à la compétition, c'est déjà parce qu'avant d'être malades, ils pratiquaient à un niveau sportif élevé. Leur mental et leur corps étaient entrainés et pendant leur parcours cancer, ils ont continué à travailler, à entrainer leur corps en adaptant, en contournant les cailloux, en bifurquant quand il le fallait.
Le résultat n'est pas sorti de la cuisse de Jupiter : ils étaient déjà sportifs, déjà à un niveau élevé, déjà conscients de leurs capacités, déjà connectés à leur besoins ! Ils avaient déjà tout cela dans leur sac à dos. Et ils ont tout mobilisé pour surmonter les rochers, s'appuyant sur les aidants qui longent le parcours.

Ne parler que de finalité, c'est nier le parcours et le vécu. C'est clivé celui/celle qui va mettre des années à se remettre du cancer et de son traitement, et celui/celle qui court un marathon pendant qu'il/elle est en traitement ou juste après.
Il ne faudrait pas oublier que nous n'avons pas tous la même cargaison dans notre sac à dos.

L'activité physique est importante pendant les traitements : elle permet de pallier à la fonte musculaire, stimuler la production d'endorphines, détoxiquer le corps pour éviter "l'empilage nocif".

Le professeur Adam Sharples* a publié une étude en 2023 qui s'est intéressée à l'activité physique pendant et après cancer du sein en proposant 3 séances d'activité aérobie par semaine pendant 5 mois. Les biopsies montreront que l'hyperméthylation s'est transformée en hypométhylation synonyme d'un gain musculaire par une réplication/réparation de l'ADN, la transcription des gènes ARN messagers, la traduction des ARN messagers en protéines, la synthétisation de nouvelles protéines et le nettoyage cellulaire.
Cinq mois d'entrainement suffiraient à réinitialiser quasiment l'ensemble du méthylène du muscle. 

Mais chacun fait aussi ce qu'il peut avec son passé et son présent
A chacun son Everest avec son sac à dos, ses compagnons de cordée, son matos et ses paliers à franchir.

Cette mise en lumière de la réussite physique et du "toujours plus" me fatigue :

Applaudissez le parcours plutôt que le résultat parce que c'est lui qui indique les choix stratégiques qui ont pu être fait et les adaptations : bref, une certaine forme d'intelligence.
Laissez les malades dessiner leur trace GPS qui fait parfois des allers-retours, des boucles, des lignes droites sans retour.
Admirez le dessin d'une vie qui évolue avec toutes les composantes de son sac à dos !


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